Errores philosophorum: Coëxistentie Van waarheid en dwaling in de filosofische bezinning
Abstract
Les problèmes posés par la recherche philosophique sont d'une importance capitale pour la conduite de la vie humaine : il appartient au philosophe de poser des questions radicales se rapportant au tout de l'être ; il lui revient de s'interroger avant tout sur la destinée humaine et le sens de l'histoire. L'homme est au centre des préoccupations philosophiques. Si l'enjeu de la philosophie est tellement important, que faut-il penser de l'erreur dans ce domaine de la réflexion humaine ? N'est-elle pas un scandale particulièrement vexant, une déficience absurde, inintelligible ? Que l'homme se trompe dans la connaissance de certains détails de la vie quotidienne, on l'admettra sans peine ; mais comment se fait-il qu'il se trompe sans cesse dans les réponses données aux problèmes les plus fondamentaux de l'existence ? Et pourtant, il faut le reconnaître, la philosophie n'est pas sans plus la patrie de la vérité ; elle nous offre le spectacle ambigu d'une coexistence permanente de la vérité et de l'erreur. Devant cette donnée indéniable, différentes attitudes sont possibles : on peut l'accepter sans plus, sans qu'on soit heurté particulièrement par la déficience inhérente à la recherche philosophique : les vérités dont il s'agit sont difficiles à atteindre : peu d'hommes seulement arrivent à les découvrir après beaucoup de recherches et après avoir fait fausse route bien souvent . D'autres diront que l'erreur est évidemment possible, même en philosophie, mais qu'elle n'est pas inévitable : nous sommes capables d'affirmer ou de nier sans que nous ayons une intuition claire et distincte de l'objet en question ; c'est que notre puissance volitive s'étend au delà des frontières de notre faculté cognitive. L'homme est en état d'éviter l'erreur : s'il s'engage sur les routes sinueuses de l'erreur, il en est seul responsable . D'autres encore diront que la réflexion rationnelle n'est pas le seul moyen dont dispose l'homme pour s'éclairer sur le sens de sa vie et de l'histoire : à côté de la lumière naturelle de la recherche philosophique, il y a la révélation divine, élaborée systématiquement dans la théologie chrétienne. Il en résulterait que la philosophie autonome serait à condamner : elle a fait fausse route dans le passé et elle continuera de le faire à l'avenir, si elle prétend se cantonner dans une autonomie prétentieuse ; qu'elle se laisse guider au contraire par la théologie et elle sera à l'abri de l'erreur . Comme ces attitudes ne semblent pas pleinement satisfaisantes, il importe de scruter davantage la nature même de l'erreur philosophique. Il a été reconnu depuis longtemps que l'erreur philosophique se développe surtout à partir d'une petite déficience au point de départ ; nous disons que cette erreur „se développe” : elle s'accroît, elle prend des proportions énormes quant aux conséquences dernières. Faut-il s'en étonner ? Le philosophe est logique et poussera jusqu'aux dernières conséquences les lacunes de ses vues initiales. Les multiples erreurs de la philosophie se réduisent donc bien souvent à une déficience initiale, qui en elle-même n'est pas grave : elle le devient quand elle est poussée logiquement jusqu'à ses implications ultimes. Ainsi donc les dimensions des erreurs philosophiques sont restreintes au début, mais augmentent sans cesse par la logique implacable de la réflexion. Par ailleurs les progrès réalisés en philosophie sont bien différents de ceux qui sont enregistrés dans les sciences positives : celles-ci étendent sans cesse le domaine de leur savoir par des „découvertes”, des acquisitions définitives. Le philosophe au contraire reprend inlassablement les mêmes questions, il les approfondit, il en saisit de nouveaux aspects, il leur trouve de nouvelles dimensions : mais l'enjeu reste foncièrement le même. Différentes solutions se présentent et ne cessent de s'affronter : aucune ne semble devoir être qualifiée comme „erronée” sans plus, aucune ne peut être déclarée „vraie” sans restriction. L'erreur philosophique ne se présente donc pas comme une pure déficience, une pure absence : elle est logée à l'intérieur d'une réflexion qui nous éclaire authentiquement sur le véritable sens des problèmes posés ; de même que la vérité philosophique est toujours à reprendre et à approfondir, l'erreur est aussi une position qui est à revoir, à corriger, à rectifier. Que dire enfin de l'évolution de la philosophie à travers l'histoire et de la méthode adoptée par elle ? Le développement de la philosophie ne se présente pas comme la construction progressive d'un grand édifice à partir des fondations jusqu'à l'achèvement complet. La réflexion philosophique se nourrit sans cesse de conceptions préphilosophiques, qui ne sont pas simplement intégrées au patrimoine de la philosophie, mais qui sont reprises et soumises à un examen critique afin d'en scruter le bien-fondé et les implications ultimes. Il en résulte que l'erreur philosophique n'est pas tellement le résultat d'un travail de réflexion et d'investigation ; elle résulte plutôt d'une déficience dans l'examen critique des conceptions préphilosophiques. Chaque philosophe est tributaire d'un héritage préphilosophique : celui-ci n'est pas à rejeter purement et simplement comme certains penseurs ont voulu le faire, parce qu'il peut contenir une part de vérité. Cependant le philosophe qui porte son regard sur le tout de l'être, se trouve devant une tâche immense de travail critique. Il s'agit là d'une entreprise „historique” dont la réalisation se poursuit à travers les siècles et dont l'achèvement ne sera jamais atteint. A la lumière de ces réflexions la coexistence de la vérité et de l'erreur dans les spéculations philosophiques apparaît sans doute comme plus compréhensible, comme moins heurtante