Abstract
L’article se pose pour but de présenter de façon critique la conception de la liberté chez Duns Scot, Kant et Sartre et d’examinqr l’influence de leurs conceptions sur leurs systèmes éthiques. Tous les trois auteurs considèrent la liberté comme la plus importante propriété de l’homme et voient en la volonté sa faculté primordiale. Pour préserver la liberté, Duns Scot délimita son domaine, la volonté, et le sépara de l’élément intellectuel. En dépit des mêmes intentions, on observe chez Kant et chez Sartre le résultat contraire: là réunion et même l’identification de la volonté et de l’intellect. Chez l’un comme chez l’autre, il ne saurait être question de la liberté et de la conscience mais de la liberté identique avec la conscience; l’action et la connaissance s’empruntent par conséquent leurs traits spécifiques. La liberté est une substance spécifique. D’après les déclarations respectives des auteurs qui nous intéressent, la liberté est la seule condition et le fondement de toute l’éthique. Ce principe ne fut pas sans influer sur la conception de la connaissance et sur celle de la vérité, il changea également la conception des appréciations morales, du devoir moral et de la loi morale elle-même. Chez Duns Scot, l’appréciation critique consiste à saisir les caractères de notre activité à la lumière des lois morales extérieures et objectives. Le devoir, lui aussi, a sa source dans la loi, et la liberté ne peut que l’accepter ou le rejeter. Le sens de la loi morale n’est pas toujours intelligible à l’homme, étant donné que certaines de ses normes sont imposées par Dieu de façon arbitraire et indépendante de la nature des choses. C’est pourquoi l’appréciation et l’acceptation du devoir par la volonté humaine ne résulte pas uniquement de la compréhension du contenu de la loi mais s’appuie davantage sur la confiance en Dieu et sur l’amour de Dieu. C’est ainsi que Duns Scot situe le problème moral sur le plan religieux.Kant, lui, transfère le problème moral à,,1’intérieur” de l’homme. L’appréciation morale est pour lui le résultat du sens du devoir, de l’impératif catégorique qui est le moyen nécessaire à connaître la réalité morale. La loi morale est autonome, créée par le sujet lui-même, sans se référer aux données du dehors. L’impératif catégorique est formel, c’est-à-dire général, et ne dictant pas c e qu’il convient de faire mais comment faut-il faire. Cependant, en dépit de ces principes de Kant, il s’avère nécessaire d’en référer à la réalité par une sorte d’expérience. L’autonomie de la loi morale est illusoire chez Kant.Chez Sartre, le fondement du choix, de l’action et de l’appréciation repose sur le vouloir humain libre de toute contrainte. Le comportement humain ne saurait être dicté ni par le monde extérieur, ni par la structure intérieure de l’homme, la nature qui, elle-même, est changeante et dépend du vouloir. Le seul élément immuable est la liberté. La conscience et la liberté sont interdépendantes et même s’identifient. La conscience égalant la liberté se défend contre l’anéantissement par la „prise en parenthèses” de toute la réalité existante en dehors du sujet. Chaque choix et chaque appréciation, donc aussi le devoir, sont dictés par des facteurs intérieurs de la conscience. Ne trouvant pas le moyen de s’extérioriser, la liberté doit se contenter de sa propre invention. Toutefois, le vouloir humain est nécessairement limité par le contexte historique et social. Ces limites ont pour base le cogito et l’analyse des données de la conscience lesquelles, à en croire Sartre, reflètent non seulement la structure de la conscience mais aussi la structure sociale.Il convient de conclure que tous les trois auteurs considèrent la liberté comme fait irréfutable et fondamental dans l’élaboration de la conception de l’homme et de la conception de l’éthique. Fonder l’éthique sur la seule liberté, comme ils le postulaient, s’avéra impossible. Dańs ces conditions, ou bien la liberté serait „vide”, ou bien son „contenu” dépasserait le domaine de la volonté. Duns Scot en appelait à la loi naturelle et à la révélation, Kant à l’expérience morale et Sartre, lui, fondait ses normes morales en grande partie sur les déterminismes historiques et sociaux.