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Une certaine tendance du cin�ma fran�ais(1954) - François Truffaut
Introduction
Below you will find a text copied from http://nezumi.dumousseau.free.fr/trufcahier.htm in Dec 2004. It is copied here for research purposes. The text was originally published in the January 1954 issue of french film magazine Cahiers du Cin�ma. It has been said about the article that it coined the phrase "la politique des auteurs", but I have been unbable to find that prhase in the text reproduced below. [Dec 2004]Auteur Theory [...]
In the 1954 essay Une certaine tendence du cin�ma fran�ais Fran�ois Truffaut coined the phrase "la politique des auteurs", and asserted that the worst of Jean Renoir's movies would always be more interesting than the best of Jean Delannoy's.[...] Truffaut provocatively said, "There are no good and bad movies, only good and bad directors." --http://www.wikipedia.org/wiki/Auteur_theory [Dec 2004]
Une certaine tendance du cin�ma fran�ais(1954) - François Truffaut
paru dans le No 31 des Cahiers du Cin�ma (janvier 54):DIX OU DOUZE FILMS...
Si le Cin�ma Fran�ais existe par une centaine de films chaque ann�e, il est bien entendu que dix ou douze seulement m�ritent de retenir l'attention des critiques et des cin�philes, l'attention donc de ces Cahiers. Ces dix ou douze films constituent ce que l'on a joliment appel� la Tradition de la Qualit�, ils forcent par leur ambition l'admiration de la presse �trang�re, d�fendent deux fois l'an les couleurs de la France � Cannes et � Venise o�, depuis 1946, ils raflent assez r�guli�rement m�dailles, lions d'or et grands prix. Au d�but du parlant, le cin�ma Fran�ais fut l'honn�te d�marquage du cin�ma am�ricain. Sous l'influence de Scarface nous faisions l'amusant P�p� le Moko. puis le sc�nario Fran�ais dut � Pr�vert le plus clair de son �volution, Quai des brumes reste le chef d'oeuvre de l'�cole dite du r�alisme po�tique. La guerre et l'apr�s-guerre ont renouvel� notre cin�ma. Il a �volu� sous l'effet d'une pression interne, et au r�alisme po�tique - dont on peut dire qu'il mourrut en refermant derri�re lui Les portes de la nuit - s'est substitu� le r�alisme psychologique, illustr� par Claude Autant-Lara, Jean Delannoy, Ren� Cl�ment, Yves All�gret et Marcel Pagliero.DES FILMS DE SCENARISTES
Si l'on veut bien se souvenir que Delannoy a tourn� nagu�re Le Bossu et La Part de l'ombre, Claude Autant-Lara Le Plombier amoureux et Lettres d'amour, Yves All�gret La Bo�te aux r�ves et Les D�mons de l'aube, que tous ces films sont justement reconnus comme des entreprises strictement commerciales, on admettra que les r�ussites ou les �checs de ces cin�astes �tant fonction des sc�narios qu'ils choisissent, La Symphonie pastorale, Le Diable au corps, Jeux interdits, Man�ges, Un homme marche dans la ville sont essentiellement des films de sc�naristes. Et puis l'indiscutable �volution du cin�ma fran�ais n'est-elle pas due essentiellement au renouvellement des sc�naristes et des sujets, � l'audace prise vis-�-vis des chefs-d'oeuvre, � la confiance, enfin, faite au public d'�tre sensible � des sujets g�n�ralement qualifi�s de difficiles? C'est pourquoi il ne sera question ici que des sc�naristes, ceux qui, pr�cis�ment, sont � l'origine du r�alisme psychologique au sein de la Tradition de la Qualit� : Jean Aurenche et Pierre Bost, Jacques Sigurd, Henri Jeanson (nouvelle mani�re), Robert Scipion, Roland Laudenbach, etc...NUL N'IGNORE PLUS AUJOURD'HUI...
Apr�s avoir t�t� de la mise en sc�ne en tournant deux courts m�trages oubli�s, Jean Aurenche s'est sp�cialis� dans l'adaptation. En 1936 il signait, avec Anouilh, les dialogues de Vous n'avez rien � d�clarer et Les D�gourdis de la 11e. Dans le m�me temps Pierre Bost publiait � la N.R.F. d'excellents petits romans. Aurenche et Bost firent �quipe pour la premi�re fois en adaptant et dialoguant "Douce", que mit en sc�ne Claude Autant-Lara. Nul n'ignore plus aujourd'hui qu'Aurenche et Bost ont r�habili� l'adaptation en bouleversant l'id�e que l'on en avait, et qu'au vieux pr�jug� du respect � la lettre ils ont substitu�, dit-on, celui contraire du respect � l'esprit, au point qu'on en vienne � �crire cet audacieux aphorisme : "Une adaptation honn�te est une trahison" (Carlo Rim, "Travelling et Sex-appeal").
DE L'EQUIVALENCE..
De l'adaptation telle qu'Aurenche et Bost la pratiquent, le proc�d� dit de l'�quivalence est la pierre de touche. Ce proc�d� suppose qu'il existe dans le roman adapt� des sc�nes tournables et intournables et qu'au lieu de supprimer ces derni�res (comme on le faisait nagu�re) il faut inventer des sc�nes �quivalentes, c'est-�-dire telles que l'auteur du roman les e�t �crites pour le cin�ma. "Inventer sans trahir", tel est le mot d'ordre qu'aiment � citer Jean Aurenche et Bost, oubliant que l'on peut aussi trahir par omission. Le syst�me d'Aurenche et Bost est si s�duisant dans le l'�nonc� m�me de son principe, que nul n'a jamais song� � en v�rifier d'assez pr�s le fonctionnement. C'est un peu ce que je me propose de faire ici. Toute la r�putation d'Aurenche et Bost est �tablie sur deux points pr�cis :
1) La fid�lit� � l'esprit des oeuvres qu'ils adaptent;
2) Le talent qu'ils y mettent.CETTE FAMEUSE FIDELITE...
Depuis 1943 Aurenche et Bost ont adapt� et dialogu� ensemble : "DOUCE" de Michel Davet. "LA SYMPHONIE PASTORALE" de Gide, "LE DIABLE AU CORPS" de Radiguet, "UN RECTEUR A L'ILE DE SEIN" (DIEU A BESOIN DES HOMMES) de Queffelec, "LES JEUX INCONNUS" (JEUX INTERDITS) de Fran�ois Boyer, "LE BLE EN HERBE" de Colette. De plus ils ont �crit une adaptation du "JOURNAL D'UN CURE DE CAMPAGNE" qui n'a jamais �t� tourn�e, un sc�nario sur "JEANNE D'ARC" dont une partie seulement vient d'�tre r�alis�e (par Jean Delannoy) et enfin sc�nario et dialogues de L'AUBERGE ROUGE (mis en sc�ne par Claude Autant-Lara). On aura remarqu� la profonde diversit� d'inspiration des oeuvres et des auteurs adapt�s. Pour accomplir ce tour de force qui consiste � rester fid�le � ,l'esprit de Michel Davet, Gide, Radiguet, Queffelec, Fran�ois Boyer, Colette et Bernanos, il faut poss�der soi-m�me, j'imagine, une souplesse d'esprit, une personnalit� d�multipli�e peu communes ainsi qu'un singulier �clectisme.
Il faut aussi consid�rer qu'Aurenche et Bost sont amen�s � collaborer avec les metteurs en sc�ne les plus divers; Jean Delannoy, par exemple, se con�oit volontiers comme un moraliste mystique. Mais la menue bassesse du GARCON SAUVAGE, la mesquinerie de LA MINUTE DE VERITE, l'insignifiance de LA ROUTE NAPOLEON montrent assez bien l'intermittence de cette vocation. Claude Autant Lara, au contraire, est bien connu pour son non-conformisme, ses id�es "avanc�es", son farouche anti-cl�ricalisme; reconnaissons � ce cin�aste le m�rite de rester toujours, dans ses films, honn�te avec lui-m�me. Pierre Bost �tant le technicien du tandem, c'est � Jean Aurenche que semble revenir la part spirituelle de la commune besogne.
Elev� chez les j�suites, Jean Aurenche en a gard� tout � la fois la nostalgie et la r�volte. S'il a flirt� avec le surr�alisme, il semble avoir sympathis� avec les groupes anarchistes des ann�es trente. C'est dire combien sa personnalit� est forte, combien aussi elle para�t incompatible avec celles de Gide, Bernanos, Queffelec, Radiguet. Mais l'examen des oeuvres nous renseignera sans doute davantage.
L'Abb� Am�d�e Ayffre a su tr�s bien analyser LA SYMPHONIE PASTORALE et d�finir les rapports de l'oeuvre �crite � l'oeuvre film�e : "R�duction de la foi � la psychologie religieuse chez Gide, r�duction maintenant de celle-ci � la psychologie tout court... A cet abaissement qualitatif va correspondre maintenant, selon une loi bien connue des esth�ticiens, une augmentation quantitative. On va ajouter de nouveaux personnages : Piette et Casteran, charg�s de repr�senter certains sentiments. La trag�die devient drame, m�lodrame."
Ce qui me g�ne dans ce fameux proc�d� de l'�quivalence c'est que je ne suis pas certain du tout qu'un roman comporte des sc�nes intournables, moins certain encore que les sc�nes d�cr�t�es intournables le soient pour tout le monde. Louant Robert Bresson de sa fid�lit� � Bernanos, Andr� Bazin terminait son excellent article : La stylistique de Robert Bresson, par ces mots : "Apr�s le journal d'un cur� de campagne, Aurenche et Bost ne sont plus que les Viollet-Leduc de l'adaptation."
Tous ceux qui admirent et connaissent bien le film de Bresson se souviennent de l'admirable sc�ne du confessionnal o� le visage de Chantal "a commenc� d'appara�tre peu � peu, par degr�" (Bernanos). Lorsque, plusieurs ann�es avant Bresson, Jean Aurenche �crivit une adaptation du "journal", refus�e par Bernanos, il jugea intournable cette sc�ne et lui substitua celle que nous reproduisons ici.
"-Voulez-vous que je vous entende ici ? (il d�signe le confessionnal).
-Je ne me confesse jamais.
-Pourtant, vous vous �tes bien confess� hier puisque vous avez communi� ce matin ?
-Je n'ai pas communi�. Il la regarde, tr�s surpris.
-Pardonnez-moi, je vous ai donn� la communion. Chantal s'�carte rapidement vers le prie-Dieu qu'elle occupait le matin.
-Venez voir. Le cur� la suit. Chantal lui d�signe le livre de messe qu'elle y a laiss�.
-Regardez dans ce livre, Monsieur. Moi, je n'ai peut-�tre plus le droit d'y toucher. Le cur�, tr�s intrigu�, ouvre le livre et d�couvre entre deux pages l'hostie que Chantal y a crach�e. Il a un visage stup�fait et boulevers�.
-J'ai crach� l'hostie, dit Chantal.
-Je vois, dit le cur� d'une voix neutre.
-Vous n'avez jamais vu �a, n'est-ce-pas ? dit Chantal, dure, presque triomphante.
-Non, jamais, dit le cur� tr�s calme en apparence.
-Est-ce que vous savez ce qu'il faut faire ? Le cur� ferme les yeux un court instant. Il r�fl�chit ou il prie.
Il dit : -C'est tr�s simple � r�parer, Mademoiselle. Mais c'est horrible � commettre. Il se dirige vers l'autel, en portant le livre ouvert. Chantal le suit.
-Non, ce n'est pas horrible. Ce qui est horrible c'est de recevoir l'hostie en �tat de p�ch�.
-Vous �tiez donc en �tat de p�ch� ?
-Moins que d'autres, mais eux �a leur est �gal.
-Ne jugez pas.
-Je ne juge pas, je condamne, dit Chantal avec violence.
-Taisez-vous devant le corps du Christ ! Il s'agenouille devant l'autel, prend l'hostie dans le livre et l'avale."
Une discussion sur la foi oppose au milieu du livre le cur� et un ath�e obtus nomm� Arsène : "Quand on est mort, tout est mort". Cette discussion, dans l'adaptation sur la tombe du m�me cur�, entre Arsène et un autre cur�, termine le film. Cette phrase : "Quand on est mort, tout est mort", devait �tre la derni�re r�plique du film, celle qui porte, la seule peut-�tre que retient le public. Bernanos ne disait pas pour conclure : "Quand on est mort, tout est mort", mais : "Qu'est-ce que cela fait, tout est gr�ce".
"Inventer sans trahir", dites-vous, il me semble � moi qu'il s'agit l� d'assez peu d'invention pour beaucoup de trahison. Un d�tail encore ou deux. Aurenche et Bost n'ont pu faire Le journal d'un cur� de campagne parce que Bernanos �tait vivant. Robert Bresson a d�clar� que, Bernanos vivant, il eut pris avec l'oeuvre plus de libert�. Ainsi l'on g�ne Aurenche et Bost parce qu'on est en vie, mais l'on g�ne Bresson parce que l'on est mort.LE MASQUE ARRACHE...
De la simple lecture de cet extrait, il ressort :
1) Un souci d'infid�lit� � l'esprit comme � la lettre constant et d�lib�r�;
2) Un go�t tr�s marqu� pour la profanation et le blasph�me.
Cette infid�lit� � l'esprit d�grade aussi bien "Le diable au corps" ce roman d'amour qui devient un film anti-militariste, anti-bourgeois, "La symphonie pastorale" une histoire de pasteur amoureux, Gide devient du B�atrix Beck, "Un Recteur � l'�le de Sein" dont on troque le titre contre celui �quivoque de Dieu a besoin des hommes, o� les �liens nous sont montr�s comme les fameux "cr�tins" du Terre sans fin de Bu�uel.
Quant au go�t du blasph�me, il se manifeste constamment, de mani�re plus ou moins insidieuse, selon le sujet, le metteur en sc�ne, voire la vedette.
Je rappelle pour m�moire la sc�ne du confessionnal de Douce, l'enterrement de Marthe dans Le Diable..., les hosties profan�es dans cette adaptation du "Journal d'un cur� de campagne" (sc�ne report�e dans Dieu a besoin des hommes), tout le sc�nario et le personnage de Fernandel dans L'Auberge rouge, la totalit� du sc�nario de Jeux interdits (la bagarre dans le cimeti�re).Tout d�signerait donc Aurenche et Bost pour �tre des auteurs de films franchement anti-cl�ricaux, mais comme les films de soutanes sont � la mode, nos auteurs ont accept� de se plier � cette mode. Mais comme il convient - pensent-ils - de ne point trahir leurs convictions, le th�se de la profanation et du blasph�me, les dialogues � double entente, viennent �� et l� prouver aux copains que l'on sait l'art de "rouler le producteur" tout en lui donnant satisfaction, rouler aussi le "grand public" �galement satisfait.
Ce proc�d� m�rite assez bien le nom d'alibisme; il est excusable et son emploi est n�cessaire � une �poque o� il faut sans cesse feindre la b�tise pour oeuvrer intelligemment, mais s'il est de bonne guerre de "rouler le producteur", n'est-il pas quelque peu scandaleux de "re-writer" ainsi Gide, Bernanos, Radiguet?
En v�rit�, Aurenche et Bost travaillent comme tous les sc�naristes du monde, comme avant-guerre Spaack ou Natanson. Dans leur esprit, toute histoire comporte les personnages A, B, C, D. A l'int�rieur de cette �quation, tout s'organise en fonction de crit�res connus d'eux seuls. Les coucheries s'effectuent selon une sym�trie bien concert�e, des personnages disparaissent, d'autres sont invent�s, le script s'�loigne peu � peu de l'original pour devenir un tout, informe mais brillant, un film nouveau, pas � pas, fait son entr�e solennelle dans la Tradition de la Qualit�.SOIT, ME DIRA-T-ON...
On me dira : "Admettons qu'Aurenche et Bost soient infid�les, mais nierez-vous aussi leur talent?" Le talent, certes, n'est pas fonction de la fid�lit�, mais je ne con�ois d'adaptation valable qu' �crite par un homme de cin�ma. Aurenche et Bost sont essentiellement des litt�rateurs et je leur reprocherai ici de m�priser le cin�ma en le sous-estimant. Ils se comportent vis-�-vis du sc�nario comme l'on croit r��duquer un d�linquant en lui trouvant du travail, ils croient toujours avoir "fait le maximum" pour lui en le parant des subtilit�s, de cette science des nuances qui font le mince m�rite des romans modernes. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre travers des ex�g�tes de notre art que de croire l'honorer en usant du jargon litt�raire. (N'a-t-on pas parl� de Sartre et de Camus pour l'oeuvre de Pagliero, de ph�nom�nologie pour celle d'All�gret?)
En v�rit�, Aurenche et Bost affadissent les oeuvres qu'ils adaptent, car l'�vidence va toujours soit dans le sens de la trahison, soit de la timidit�. Voici un bref exemple : dans "Le Diable au corps" de Radiguet, Fran�ois rencontre Marthe sur le quai d'une gare, Marthe sautant, en marche, du train; dans le film, ils se rencontrent dans l'�cole transform�e en h�pital. Quel est le but de cette �quivalence? Permettre aux sc�naristes d'amorcer les �l�ments anti-militaristes ajout�s � l'oeuvre, de concert avec Claude Autant-Lara. Or il est �vident que l'id�e de Radiguet �tait une id�e de mise en sc�ne, alors que la sc�ne invent�e par Aurenche et Bost est litt�raire. On pourrait, croyez-le bien, multiplier les exemples � l'infini.
IL FAUDRAIT BIEN QU'UN JOUR...
Les secrets ne se gardent qu'un temps, les recettes se divulguent, les connaissances scientifiques nouvelles font l'objet de communications � l'Acad�mie des Sciences et, puisqu'� en croire Aurenche et Bost, l'adaptation est une science exacte, il faudrait bien qu'un de ces jours ils nous apprissent au nom de quel crit�re, en vertu de quel syst�me, de quelle g�om�trie interne et mysterieuse de l'oeuvre, ils retranchent, ajoutent, multiplient, divisent et "rectifient" les chefs-d'oeuvre? Une fois �mise l'id�e selon quoi ces �quivalences ne sont qu'astuces timides pour contourner la difficult�, r�soudre par la bande sonore des probl�mes qui concernent l'image, nettoyages par le vide pour n'obtenir plus sur l'�cran que cadrages savants, �clairages compliqu�s, photo l�ch�e, le tout maintenant bien vivace la "tradition de la qualit�", il est temps d'en venir � l'examen de l'ensemble des films dialogu�s et adapt�s par Aurenche et Bost et de rechercher la permanence de certains th�ses qui expliqueront sans la justifier l'infid�lit� constante de deux sc�naristes aux oeuvres qu'ils prennent pour "pr�texte" et "occasion". R�sum�s en deux lignes, voici comment apparaissent les sc�narios trait�s par Aurenche et Bost :
La Symphonie pastorale : Il est pasteur, il est mari�. Il aime et n'en a pas le droit.
Le Diable au corps : Ils font les gestes de l'amour et n'en ont pas le droit.
Dieu a besoin des hommes : Il officie, b�nit, donne l'extr�me onction, et n'en a pas le droit.
Jeux interdits : Ils ensevelissent et n'en ont pas le droit.
Le Bl� en herbe : Ils s'aiment et n'en ont pas le droit.
On me dira que je raconte aussi bien le livre, ce que je ne nie pas. Seulement, je fais remarquer que Gide a �crit aussi : "La Porte �troite", Radiguet : "Le Bal du comte d'Orgel", Colette : "La Vagabonde", et qu'aucun de ces romans n'a tent� Delannoy ou Autant-Lara.
Remarquons aussi que les sc�narios, dont je ne crois pas utile de parler ici, vont dans le sens de ma th�orie : Au del� des grilles, Le Ch�teau de verre, L'Auberge rouge... On voit l'habilet� des promoteurs de la Tradition de la qualit�, � ne choisir que des sujets qui se pr�tent aux malentendus sur lesquels repose tout le syst�me. Sous le couvert de la litt�rature - et bien s�r de la qualit� - on donne au public sa dose habituelle de noirceur, de non-conformisme, de facile audace.L'INFLUENCE D'AURENCHE ET BOST EST IMMENSE...
Les �crivains qui sont venus au dialogue de films ont observ� les m�mes imp�ratifs; Anouilh, entre les dialogues des D�gourdis de la 11e et Un caprice de Caroline ch�rie, a introduit dans des films plus ambitieux son univers que baigne une �pret� de bazar, avec en toile de fond les brumes nordiques transpos�es en Bretagne (Pattes blanches). Un autre �crivain, Jean Ferry, a sacrifi� � la mode, lui aussi, et les dialogues de Manon eussent tout aussi bien pu �tre sign�s d'Aurenche et Bost : "Il me croit vierge, et dans le civil, il est professeur de psychologie!" Rien de mieux � esp�rer des jeunes sc�naristes. Simplement, ils prennent la rel�ve, se gardant bien de toucher aux tabous. Jacques Sigurd, un des derniers venus au "sc�nario et dialogue", fait �quipe avec Yves All�gret. Ensemble, ils ont dot� le cin�ma fran�ais de quelques uns de ses plus noirs chefs-d'oeuvre : D�d�e d'Anvers, Man�ges, Une si jolie petite plage, Les Miracles n'ont lieu qu'une fois, La jeune folle. Jacques Sigurd a tr�s vite assimil� la recette, il doit �tre dou� d'un admirable esprit de synth�se car ses sc�narios oscillent ing�nieusement entre Aurenche et Bost, Pr�vert et Clouzot, le tout l�g�rement rajeuni. La religion n'a jamais de part, mais le blasph�me fait toujours timidement son entr�e gr�ce � quelques enfants-de-Marie ou quelques bonnes-soeurs qui traversent le champ au moment o� leur pr�sence est la plus inattendue (Man�ges, Une si jolie petite plage). La cruaut� par quoi l'on ambitionne de " remuer les tripes du bourgeois " trouva sa place dans des r�pliques bien senties du genre : " il �tait vieux, il pouvait crever " (Man�ges). Dans Une si jolie petite plage Jane Marken envie la prosp�rit� de Berck � cause des tuberculeux qui s'y trouvent : leur famille vient les voir et �a fait marcher le commerce ! (On songe � la pri�re du Recteur de l'Ile de Sein).
Roland Laudenbach, qui semblerait plus dou� que la plupart de ses confr�res, a collabor� aux films les plus typiques de cet �tat d'esprit : La Minute de v�rit�, Le Bon Dieu sans confession, La Maison du silence. Robert Scipion est un homme de lettres dou�; il n'a �crit qu'un livre : un livre de pastiches; signes particuliers : la fr�quentation quotidienne des caf�s de Saint-Germain-des-Pr�s, l'amiti� de Marcel Pagliero que l'on nomme le Sartre du cin�ma, probablement parce que ses films ressemblent aux articles des Temps Modernes. Voici quelques r�pliques des Amants de Brasmort, film populiste dont des mariniers sont les " h�ros", comme les dockers �taient ceux de Un homme marche dans la ville : " Les femmes des amis c'est fait pour coucher avec. " "Tu fais ce qui te rapporte; pour �a tu monterais sur n'importe qui, c'est le cas de le dire. "
Dans une seule bobine du film, vers la fin, on peut entendre en moins de dix minutes les mots de : "grue, putain, salope, et connerie " est-ce cela le r�alisme ?ON REGRETTE PREVERT...
A consid�rer l'uniformit� et l'�gale vil�nie des sc�narios d'aujourd'hui, l'on se prend � regretter les sc�narios de Pr�vert. Lui croyait au diable, donc en Dieu, et si la plupart de ses personnages �taient par son seul caprice charg�s de tous les p�ch�s de la cr�ation, il y avait toujours place pour un couple sur qui, nouveaux Adam et Eve, le film termin�, l'histoire allait se mieux recommencer.
REALISME PSYCHOLOGIQUE, NI REEL, NI PSYCHOLOGIQUE...
Il n'y a gu�re que sept ou huit sc�naristes � travailler r�guli�rement pour le cin�ma fran�ais. Chacun de ces sc�naristes n'a qu'une histoire � raconter et comme chacun n'aspire qu'au succes des "deux grands", il n'est pas exag�r� de dire que les cent et quelques films fran�ais r�alis�s chaque ann�e racontent la m�me histoire : il s'agit toujours d'une victime, en g�n�ral un cocu. (Ce cocu serait le seul personnage sympathique du film s'il n'�tait toujours infiniment grotesque: Blier-Vilbert, etc.). La rouerie de ses proches et la haine que se vouent entre eux les membres de sa famille, am�ne le "h�ros" � sa perte; l'injustice de la vie, et, en couleur locale, la m�chancet� du monde (les cur�s, les concierges, les voisins, les passants, les riches, les pauvres, les soldats, etc.).
Distrayez-vous, pendant les longues soir�es d'hiver, en cherchant des titres de films fran�ais qui ne s'adaptent pas � ce cadre et, pendant que vous y �tes, trouvez parmi ces films ceux o� ne figure pas dans le dialogue cette phrase, ou son �quivalent, prononc�e par le couple le plus abject du film: "C'est toujours eux qui ont l'argent (ou la chance, ou l'amour, ou le bonheur), ah ! c'est trop injuste � la fin". Cette �cole qui vise au r�alisme le d�truit toujours au moment m�me de le capter enfin, plus soucieuse qu'elle est d'enfermer les �tres dans un monde clos, barricad� par les formules, les jeux de mots, les maximes, que de les laisser se montrer tels qu'ils sont, sous nos yeux. L'artiste ne peut dominer son oeuvre toujours. Il doit �tre parfois Dieu, parfois sa cr�ature. On conna�t cette pi�ce moderne dont le personnage principal, normalement constitu� lorsque sur lui se l�ve le rideau, se retrouve cul-de-jatte � la fin de la pi�ce, la perte successive de chacun de ses membres ponctuant les changements d'actes. Curieuse �poque o� le moindre com�dien rat� use du mot kafka�en pour qualifier ses avatars domestiques. Cette forme de cin�ma vient tout droit de la litt�rature moderne, mi-"kafka�enne", mi-bovaryste ! Il ne se tourne plus un film en France que les auteurs ne croient refaire Madame Bovary. Pour la premi�re fois dans la litt�rature fran�aise, un auteur adoptait par rapport � son sujet l'attitude lointaine, ext�rieure, le sujet devenant comme l'insecte cern� sous le microscope de l'entomologiste. Mais si, au d�part de l'entreprise, Flaubert avait pu dire : "Je les roulerai tous dans la m�me boue - �tant juste" (ce dont les auteurs d'aujourd'hui feraient volontiers leur exergue), il dut d�clarer apr�s coup : "Madame Bovary c'est moi" et je doute que les m�mes auteurs puissent reprendre cette phrase et � leur propre compte !
MISE EN SCENE, METTEUR EN SCENE, TEXTES...
L'objet de ces notes se limite � l'examen d'une certaine forme de cin�ma du seul point de vue des sc�narios et des sc�naristes. Mais il convient, je pense, de bien pr�ciser que les metteurs en sc�ne sont et se veulent responsables des sc�narios et dialogues qu'ils illustrent. Films de sc�naristes, �crivais-je plus haut, et ce n'est certes pas Aurenche et Bost qui me contrediront. Lorsqu'ils remettent leur sc�nario, le film est fait; le metteur en sc�ne, � leurs yeux, est le monsieur qui met des cadrages l�-dessus... et c'est vrai, h�las ! J'ai parl� de cette manie d'ajouter partout des enterrements. Et pourtant la mort est toujours escamot�e dans ces films. Souvenons-nous de l'admirable mort de Nana ou d'Emma Bovary, chez Renoir; dans La Pastorale, la mort n'est qu'un exercice de maquilleur et de chef op�rateur; comparez un gros plan de Mich�le Morgan morte dans La Pastorale, de Dominique Blanchard dans Le Secret de Mayerling et de Madeleine Sologne dans L'Eternel retour: c'est le m�me visage ! Tout se passe apr�s la mort. Citons enfin cette d�claration de Delannoy qu'avec perfidie nous d�dions aux sc�naristes fran�ais: Quand il arrive que des auteurs de talent, soit par esprit de lucre, soit par faiblesse, se laissent aller un jour � �crire pour le cin�ma, ils le font avec le sentiment de s'abaisser. Ils se livrent plus � une curieuse tentative vers la m�diocrit�, soucieux qu'ils sont de ne pas compromettre leur talent, et certains que, pour �crire cin�ma, il faut se faire comprendre par le bas. (La Symphonie pastorale ou L'Amour du m�tier, revue Verger, novembre 1947). Il me faut sans attendre d�noncer un sophisme qu'on ne manquerait pas de m'opposer en guise d'argument: " Ces dialogues sont prononc�s par des gens abjects et c'est pour mieux stigmatiser leur vil�nie que nous leur pr�tons ce dur langage. C'est l� notre fa�on d'�tre des moralistes. " A quoi je r�ponds: il est inexact que ces phrases soient prononc�es par les plus abjects des personnages. Certes, dans les films " r�alistes psychologiques " il n'y a pas que des �tres vils, mais tant se veut d�mesur�e la sup�riorit� des auteurs sur leurs personnages que ceux qui d'aventure ne sont pas inf�mes, sont au mieux infiniment grotesques. Enfin, ces personnages abjects, qui prononcent des phrases abjectes, je connais une poign�e d'hommes en France qui seraient incapables de les concevoir, quelques cin�astes dont la vision du monde est au moins aussi valable que celle d'Aurenche et Bost, Sigurd et Jeanson. Il s'agit de Jean Renoir, Robert Bresson, J�an Cocteau, Jacques Becker, Abel Gance, Max Ophuls, Jacques Tati, Roger Leenhardt; ce sont pourtant des cin�astes fran�ais et il se trouve - curieuse co�ncidence - que ce sont des auteurs qui �crivent souvent leur dialogue et quelques-uns inventent eux-m�mes les histoires qu'ils mettent en sc�ne.
ON ME DIRA ENCORE...
" Mais pourquoi - me dira-t-on - pourquoi ne pourrait-on porter la m�me admiration � tous les cin�astes qui s'efforcent d'oeuvrer au sein de cette Tradition et de la Qualit� que vous gaussez avec tant de l�g�ret� ? Pourquoi ne pas admirer autant Yves Allegret que Becker, Jean Delannoy que Bresson, Claude Autant-Lara que Renoir ? " Eh bien je ne puis croire � la co-existence pacifique de la Tradition de la Qualit� et d'un cin�ma d'auteurs. Au fond Yves Allegret, Delannoy ne sont que les caricatures de Clouzot, de Bresson. Ce n'est pas le d�sir de faire scandale qui m'am�ne � d�pr�cier un cin�ma si lou� par ailleurs. Je demeure convaincu que l'existence exag�r�ment prolong�e du r�alisme psychologique est la cause de l'incompr�hension du public devant des oeuvres aussi neuves de conception que Le Carrosse d'or, Casque d'or, voire Les Dames du Bois de Boulogne et Orph�e. Vive l'audace certes, encore faut-il la d�celer o� elle est vraiment. Au terme de cette ann�e 1953, s'il me fallait faire une mani�re de bilan des audaces du cin�ma fran�ais, n'y trouveraient place ni le vomissement des Orgueilleux, ni le refus de Claude Laydu de prendre le goupillon dans Le Bon Dieu sans confession, non plus les rapports p�d�rastiques des personnages du Salaire de la peur, mais bien plut�t la d�marche de Hulot, les soliloques de la bonne de La Rue de l'Estrapade, la mise en sc�ne du Carrosse d'or, la direction d'acteurs dans Madame de, et aussi les essais de polyvision d'Abel Gance. On l'aura compris, ces audaces sont celles d'hommes de cin�ma et non plus de sc�naristes, de metteurs en sc�ne et non plus de litt�rateurs Je tiens par exemple pour significatif l'�chec qu'ont rencontr� les plus brillants sc�naristes et metteurs en sc�ne de la Tradition de la Qualit� lorsqu'ils abord�rent la com�die: Ferry- Clouzot: Miquette et sa m�re, Sigurd-Boyer: Tous les chemins m�nent � Rome, Scipion-Pagliero: La Rose rouge, Laudenbach- Delannoy: La Route Napol�on, Aurenche-Bost-Autant-Lara: L'Auberge rouge ou si l'on veut Occupe-toi d'Am�lie. Quiconque s'est essay� un jour � �crire un sc�nario ne saurait nier que la com�die est bien le genre le plus difficile, celui qui demande le plus de travail, le plus de talent, le plus d'humilit� aussi.
TOUS DES BOURGEOIS...
Le trait dominant du r�alisme psychologique est sa volont� anti-bourgeoise. Mais qui sont Aurenche et Bost, Sigurd, Jeanson, Autant-Lara, Allegret, sinon des bourgeois, et qui sont les cinquante mille nouveaux lecteurs que ne manque pas d'amener chaque film tir� d'un roman, sinon des bourgeois ? Quelle est donc la valeur d'un cin�ma anti-bourgeois fait par des bourgeois, pour des bourgeois ? Les ouvriers, on le sait bien, n'appr�cient gu�re cette forme de cin�ma m�me lorsqu'elle vise � se rapprocher d'eux. Ils ont refus� de se reconna�tre dans les dockers d'Un homme marche dans la ville comme dans les mariniers des Amants de bras-mort. Peut-�tre faut-il envoyer les enfants sur le palier pour faire l'amour, mais leurs parents n'aiment gu�re � se l'entendre dire, surtout au cin�ma, m�me avec "bienveillance". Si le public aime � s'encanailler sous l'alibi de la litt�rature, il aime aussi � le faire sous l'alibi du social. Il est instructif de consid�rer la programmation des films en fonction des quartiers de Paris. On s'aper�oit que le public populaire pr�f�re peut-�tre les na�fs petits films �trangers qui lui montrent les hommes " tels qu'ils devraient �tre " et non pas tels qu'Aurenche et Bost croient qu'ils sont.
COMME ON SE REFILE UNE BONNE ADRESSE...
Il est toujours bon de conclure, �a fait plaisir � tout le monde. Il est remarquable que les " grands " metteurs en sc�ne et les " grands " sc�naristes ont tous fait longtemps des petits films et que le talent qu'ils y mettaient ne suffisait pas � ce qu'on les distingu�t des autres (ceux qui n'y mettaient pas de talent). Il est remarquable aussi que tous sont venus � la qualit� en m�me temps, comme on se refile une bonne adresse. Et puis un producteur - et m�me un r�alisateur - gagne plus d'argent � faire Le Bl� en herbe que Le Plombier amoureux. Les films " courageux " se sont r�v�l�s tr�s rentables. La preuve: un Ralph Habib renon�ant brusquement � la demi-pornographie, r�alise Les Compagnes de la nuit et se r�clame de Cayatte. Or, qu'est-ce qui emp�che les Andr� Tabet, les Companeez, les Jean Guitton, les Pierre V�ry, les Jean Laviron, les Ciampi, les Grangier de faire, du jour au lendemain, du cin�ma intellectuel, d'adapter les chefs-d'oeuvre (il en reste encore quelques-uns) et, bien s�r, d'ajouter des enterrements un peu partout ? Alors ce jour-l� nous serons dans la " tradition de la qualit� " jusqu'au cou et le cin�ma fran�ais, rivalisant de " r�alisme psychologique ", d'" �pret� ", de " rigueur ", d'" ambigu�t� ", ne sera plus qu'un vaste enterrement qui pourra sortir du studio de Billancourt pour entrer plus directement dans le cimeti�re qui semble avoir �t� plac� � c�t� tout expr�s pour aller plus vite du producteur au fossoyeur. Seulement, � force de r�p�ter au public qu'il s'identifie aux " h�ros " des films, il finira bien par le croire, et le jour o� il comprendra que ce bon gros cocu aux m�saventures de qui on le sollicite de compatir (un peu) et de rire (beaucoup) n'est pas comme il le pensait son cousin ou son voisin de palier mais lui- m�me, cette famille abjecte, sa famille, cette religion bafou�e, sa religion, alors ce jour-l� il risque de se montrer ingrat envers un cin�ma qui se sera tant appliqu� � lui montrer la vie telle qu'on la voit d'un quatri�me �tage de Saint-Germain-des- Pr�s. Certes, il me faut le reconna�tre, bien de la passion et m�me du parti pris pr�sid�rent � l'examen d�lib�r�ment pessimiste que j'ai entrepris d'une certaine tendance du cin�ma fran�ais. On m'affirme que cette fameuse �cole du r�alisme psychologique "devait exister pour que puissent exister � leur tour Le Journal d'un cur� de campagne, Le Carrosse d'or, Orph�e, Casque d'or, Les Vacances de Monsieur Hulot. Mais nos auteurs qui voulaient �duquer le public doivent comprendre que peut-�tre ils l'ont d�vi� des voies primaires pour l'engager sur celles, plus subtiles, de la psychologie, ils l'on fait passer dans cette classe de sixi�me ch�re � Jouhandeau mais il ne faut pas faire redoubler une classe ind�finiment !
Credits
Text copied from http://nezumi.dumousseau.free.fr/trufcahier.htm in Dec 2004. It is copied here for research purposes. The text was originally published in the January 1954 issue of french film magazine Cahiers du Cin�ma. It has been said about the article that it coined the phrase "la politique des auteurs", but I have been unbable to find that prhase in the text reproduced below. [Dec 2004]your Amazon recommendations
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